Je voulais attendre au moins jusqu’au quart de saison avant de me faire une idée de cette bande de joueurs de hockey qui porte le chandail du Canadien de Montréal en l’an 2009.
Bizarre d’équipe en effet ! Par moments, ils jouent comme des dieux (bof ! disons que le terme est un peu fort mais vous voyez quand même l’analogie j’espère) et par d’autres, comme une équipe de junior sis au dernier rang.
Et maintenant on nous casse les oreilles avec le match du Centenaire ce soir contre les Bruins de Boston. Hah ! Ils vont fort probablement se faire lessiver. Est-ce que je vous surprend en affirmant cela ?
Au moins ce qui a de rassurant, c’est que ce putain de Centenaire se termine ce soir et on serait supposé ne plus en entendre parler sauf comme exemple pour la plus grosse gaffe de l’historique de l’humanité. L’année de ce Centenaire fut longue et aride et elle ne se termine pas trop tôt ! Un véritable cauchemar.
Je ne peux dire jusqu’à quel point ce damné Centenaire me crée un extrême sentiment de malaise. J’irais même jusqu’à dire qu’en ce qui me concerne cela se pourrait que ce sera la goutte qui fera déborder le vase, comme on dit.
L’équipe de marketing du Canadien joue pesamment et honteusement la carte de l’Histoire.
Oui, honteusement, parce que :
- le Canadien était jadis l’équipe que toutes les autres, tous sports confondus, voulaient imiter tant l’excellence et les succès étaient ses seuls et uniques buts et les résultats étaient là pour le prouver. Mais maintenant c’est une équipe ordinaire, qui se noie dans l’océan des équipes de sport professionnel qui ne se démarque plus du tout et qui ne sont là que parce qu’il y a du fric à faire sur le dos des amateurs crédules, prêts à avaler n’importe quoi que l’on peut leur raconter
- en appuyant si fort sur cet « événement » historique du Centenaire, cela est l’évidence même que cette équipe n’est devenue qu’une parodie d’elle-même et qu’elle est loin, très loin derrière d’autres équipes comme Détroit et Pittsburgh maintenant
- on nous montre ad nauseam les vedettes de jadis mais où sont les vedettes maintenant ? Est-ce que les salaires versés (comme celui de Scott Gomez, par exemple, qui tourne aux alentours de 8 millions $ US par année) rapportent réellement les dividendes auxquels on serait en droit de s’attendre ?
- les anciennes vedettes étaient passionnées, prêtes à tout pour gagner : qui est passionné, qui veut gagner aujourd’hui, à part peut-être Bryan Gionta et Michael Cammalleri ?
- les vedettes de jadis étaient à 90 % francophones. Maintenant le peu de francophones qui s’alignent pour le CH ne sont capables que de jouer sur des troisièmes ou quatrièmes trios. Alors un gros bravo pour l’effort de recrutement au Québec, les amis ! Pourtant les autres équipes sont capables d’en trouver des francophones qui ont du talent…
- l’équipe actuelle est parasitaire, c’est-à-dire qu’elle ne vogue que sur ses succès passés et n’en génère, n’en crée plus de nouveaux

Je suis le Canadien de Montréal assidûment depuis plus de 45 ans. J’ai aimé cette équipe et nous vivions une véritable histoire d’amour, elle et moi, et l’équipe me le rendait bien : beau spectacle à regarder, ultra compétitive, finesse, vitesse, désir de vaincre, une image à laquelle nous étions tous fiers de s’identifier. Au fil des ans, le Canadien ne gagnait pas la coupe Stanley nécessairement à chaque année mais il était toujours possible de se reprendre l’année suivante.
Depuis l’échange qui a envoyé Patrick Roy au Colorado, je nourris l’amour que j’ai pour cette équipe avec des réserves que j’ai emmagasinées aux temps de l’excellence. J’attends. Je me dis « sûrement que l’on va secouer la guigne bientôt, ça ne peut pas durer voyons ! » depuis ce temps.
Par exemple, on ne cesse de nous vanter les choix au repêchage que l’on fait année après année et les résultats sont bien en deçà de ce qu’on nous promet.
La vérité, c’est que cette organisation, jadis si prestigieuse, n’est devenue qu’une équipe parmi tant d’autres, anonyme et sans âme, sans saveur, fade.
Et comme dans toute relation « amoureuse » où les besoins ne sont pas comblés depuis plus de 15 ans, j’avoue que mes réserves achèvent, je ne peux plus aimé ce que je vois, je suis à ça de ne plus regarder ce triste spectacle sur glace et prête à tourner les talons. Je suis de moins en moins intéressée par cette équipe au passé étincelant mais qui a sombré bien bas et dont le futur à court et moyen terme n’offre pas grand-chose sauf une promesse d’être encore drabe et platte à mourir l’année prochaine. Et l’autre d’ensuite. Et l’autre. Et l’autre…
Les Molson ont dit qu’ils avaient pleinement confiance dans les membres de direction actuelle du Canadiens de Montréal : dommage, l’occasion aurait été belle de dénicher, entre autre, un DG audacieux, créatif, imaginatif, quelqu’un avec une vision, capable de redonner un peu de lustre à cette équipe dysfonctionnelle qui en a cruellement besoin. Un DG qui saurait s’entourer des meilleurs pour l’aider à accomplir son travail, notamment dans l’équipe de recruteurs des joueurs amateurs (présentement, quel gâchis). Bref, tout ce que n’est pas Bob Gainey, un gars incapable d’évaluation juste du personnel en place.
D’ailleurs sur ce point, le journaliste de La Presse Mathias Brunet, qui connaît son hockey comme pas un, ne nomme jamais le nom de Bob Gainey parmi les dix meilleurs DG de la Ligue Nationale de Hockey.
(Quand j’ai lu que la vente du Canadien avait rapporté trois millions de dollars en boni à Bob Gainey, je me suis esclaffé et ensuite étouffé. On récompense quoi au juste, ici ? Les plans quinquennaux ratés ? Les insuccès à répétition ? Laisser à chaque année l’équipe poireauter dans le minable ?)
Et je ne blâme absolument pas Jacques Martin : avec les joueurs qu’il a sous la main, que peut-il réellement faire ? Il ne peut quand même pas tous les transformer en clones de Mario Lemieux, quand même !
Alors en ce qui me concerne, c’est l’écœurantite aiguë, les amis. Pus capable, pus capable pantoute…
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Ajout 5 décembre 2009 :
Éh bien, éh bien ! On dirait que les ti-gars ont enfin été inspiré hier et en ont sorti une bonne. Quelle équipe énigmatique ! C’est à ne rien y comprendre.
S’ils peuvent continuer sur cette lancée pour un bon bout de temps pour racheter leur quart de saison peu convaincant, c’est tant mieux pour les amateurs. Est-ce que depuis le début de la saison ils ont prouvé qu’ils peuvent le faire ? Ça, c’est une toute autre chose cependant.
Mais n’empêche que ces célébrations me confrontent énormément. Je vois le standard d’excellence de l’équipe qui était et la médiocrité de l’équipe d’aujourd’hui. Et cette médiocrité dure depuis plus de 14 ans.
D’ailleurs Richard Labbé, journaliste sportif de La Presse, résume ce que j’en pense dans ces deux paragraphes :
… Car c’est bien ça, le problème avec la nostalgie. Ça masque la réalité. À force de voir tous ces grands du passé, on se met à espérer, à avoir des attentes irréalistes. Le Canadien aime bien nous faire croire, à l’aide d’un marketing savamment ciselé, que son passé est garant d’un avenir tout aussi glorieux.
Mais la réalité, c’est que le Canadien n’est plus qu’un autre club parmi les 30 clubs de la LNH. Et pas un très bon club, en plus. …
Bien honnêtement, je ne vois aucun signe encourageant qui indique que cela va changer bientôt non plus.
Cette année, Bob Gainey, sans doute un peu honteux de toutes les erreurs qu’il a commises avec son plan quinquennal, nous a monté une équipe toute rapiécée avec des joueurs venant d’un peu partout (un peu comme un Frankenstein, disons) et la chimie ne semble pas vouloir s’installer. Une autre preuve de son cruel manque d’évaluation juste du talent disponible chez les joueurs.
Ces célébrations qui n’en finissaient plus vont peut-être relancer des amateurs dans leur amour pour l’équipe mais pour combien de temps ? Un an, maximum ?
Autre texte qui dit exactement ce que je pense est celui-ci, signé par Jean-François Bégin, L’histoire sans fin. Extrait :
… De retraits de chandails en inaugurations de monuments, l’année du centenaire a été un interminable bain de nostalgie. Elle nous a permis de mesurer une fois de plus, comme si c’était nécessaire, l’attachement viscéral des Montréalais, des Québécois et de bien des Canadiens à leur club, rare point de convergence entre anglophones et francophones, entre jeunes et vieux, entre riches et pauvres.
Le problème, c’est qu’il y a un petit moment déjà que l’eau du bain s’est refroidie: on a beau se complaire dans les succès d’autrefois, vient un moment où la dure réalité du présent nous rattrape. Vient un moment où les chandails rétro, les coffrets DVD des plus grands matchs et les G-strings tatoués du logo du CH ne parviennent plus à nous distraire de la médiocrité dont se satisfait trop souvent l’équipe bâtie, débâtie et rebâtie par Bob Gainey.
C’est vrai, il était autrement plus facile de gagner à l’époque des six clubs. Sam Pollock, paix à son âme, ne serait peut-être plus capable aujourd’hui de réussir les tours de passe-passe dont il avait le secret. Mais quand même. Une équipe comme le Canadien ne devrait pas se satisfaire de surnager en milieu de classement – ou pire, comme c’est le cas présentement, de végéter en queue de peloton. …
