Adieu, fais un beau et doux voyage, mon amour…
23 mars, 2011 Laisser un commentaire
Par où commencer ? « Il était une fois … » ? Ou peut-être, « Un jour … » ?
Je pense que je serais mieux de laisser tomber les formules toutes faites parce que ceci est une partie de ma vie qui s’envole.
Quand on aime, on veut défendre l’être aimé contre tout : les attaques verbales, les assauts physiques, la maladie, le temps et la mort.
Ce qui est un peu niaiseux. On peut s’interposer contre les sévices verbaux ou physiques et soigner la maladie bénigne mais vouloir protéger contre la maladie grave comme le cancer, le temps et la mort c’est un objectif carrément inutile et utopique.
Piko, ma petite Piko se meurt du cancer de l’os de la mâchoire. Nous avons rendez-vous demain avec le vétérinaire pour mettre fin à sa souffrance. Elle est une toute petite boule de souffrance de ce temps-ci, ma petite Piko.

Elle qui marchait pesamment du talon partout dans l’appartement comme pour montrer à son bully de frère qu’elle n’en avait pas peur, qu’elle ne s’en laisserait pas imposer, qu’elle était en crisse perpétuellement, elle marche comme un fantôme depuis quelques semaines. On ne l’entend plus venir, elle flotte sur le plancher comme si elle voulait disparaître.
Peu avant Noël, elle s’était mise à faire ses besoins un peu partout comme si elle avait peur de se servir de sa boîte de litière.
Il y a quelques années, quand nous avions changé la sorte de litière pour son frère asthmatique (les litières agglomérantes tuent les chats à petit feu à cause du bentonite qu’elles contiennent…), elle avait aussi eu des ratées occasionnelles comme si elle protestait contre le fait que nous prenions trop de précautions pour son frère et que par le fait même, elle en subissait les conséquences. Mais nous n’avions qu’à tenir la litière ultra propre pour effacer toutes traces de son frère qui s’en servait aussi et ça allait.
Mais avant Noël, c’était différent. Les deux boîtes de litière étaient propres et elle avait des ratées quand même. Des ratées beaucoup plus inquiétantes. Exaspérées, nous l’avions amenée chez le vétérinaire pour savoir et comprendre ce qui se passait.
Maintenant je sais que ce n’était pas pour mal faire : c’était sa façon à elle de peser sur le bouton de panique, de nous dire qu’il y avait quelque chose de terrible, de vil, de perfide qui se développait à l’intérieur de son corps.
C’est sûr qu’elle montrait des signes évidents de vieillesse : elle avait comme des spasmes quand elle ronronnait à tue tête, soubresauts rapides des moustaches, des paupières et des sourcils, des secousses saccadées dans ses pattes comme si elle avait momentanément un shake foudroyant. Quinze ans et demi pour un chat, nous nous retrouvons en territoire de gériatrie avancée chez le félin domestique. Alors on se disait qu’elle faisait peut-être de l’Alzheimer félin, si ça existait pour les chats. Nous étions en terrain inconnu.
Donc en sortant du vétérinaire avant notre tout petit voyage de deux jours à Québec pour la fête de Noël nous ne savions pas trop ce qui se passait et nous avions décidé d’envelopper tout, en autant que possible, dans du plastique avant de partir pour éviter les dégâts. Inutile de dire que nous nous attendions au pire à notre retour !
Les choses s’étaient ensuite replacées et nous n’avions qu’à prendre encore un peu plus de précautions pour notre petite Piko. Au début février, nous nous sommes aperçues que Piko avait une bosse sur sa mâchoire inférieure. Au début, j’étais certaine que c’était une de ses dents qui en était la cause. Donc, dès que financièrement possible, nous sommes retournées aller voir le vétérinaire. La seule chose qui m’inquiétait et me faisait croire que finalement ce n’était pas une infection dû à ses dents, c’est que la bosse qui était très dure comme une roche au toucher n’avait pas diminué du tout dans les dix jours que cela nous a pris pour amasser le fric nécessaire pour la visite au vet. Alors, j’étais un peu appréhensive, craintive face au diagnostic.
Même si je m’y attendais un peu, ç’a eu le même effet qu’une tonne de briques subitement tombée sur mes épaules, une monstrueuse bombe dans mon cerveau, un gigantesque trou noir toxique dans mon cœur, un vortex glacé dans mon âme. Notre petite Piko souffrait du cancer de l’os qui est de plus en plus fréquent maintenant chez le chat âgé nous disait notre vet.
Il n’y avait pas grand chose à faire. Nous sommes sorties de là, complètement anéanties, avec un concentré de vitamines et minéraux pour lui redonner un peu de force (elle avait perdu trois livres et demi en moins de deux mois, elle qui n’était pas grosse pour commencer…) et des comprimés de prednisone qui aident à faire diminuer les tumeurs mais tout ceci n’était que pour la rendre un peu plus confortable et lui adoucir ses derniers moments parce qu’il était évident qu’elle ne se sortirait pas de cette dernière épreuve dans sa vie.
Je dis « épreuve » parce que son bully de frère lui a rendu la vie misérable. Nous avons tant bien que mal tenté de le corriger mais il lui faisait des vacheries à chaque opportunité qui se présentait. Lui, beaucoup plus gros et fort qu’elle, se faisait un devoir de lui rappeler que c’était lui le boss de la maison. Elle, qui était follement attachée à lui, a mis quelques années avant de vraiment le détester à son tour. Elle a démontré un courage inouï en lui faisant face comme elle l’a fait au fil des ans.
Courage qu’elle démontre encore une fois devant cette terreur de maladie, le cancer. Mon cœur explose en millions de parcelles comme une flaque de mercure qu’on essaie de ramasser quand je la regarde essayer de faire du mieux qu’elle peut sans se plaindre. Elle est brave, ma petite Piko.
Nous avions convenu, le vet et nous, que nous la garderions tant qu’elle aurait une qualité de vie mais là, à mon grand désarroi, à mon immense et infini chagrin, c’est la fin pour elle.
Le prednisone s’est avéré d’aucun secours, elle crachait du sang mêlé à de la salive les deux fois où nous avons tenté de lui en administrer.
Je mélange de l’eau dans son pâté pour qu’elle puisse l’avaler, elle a maintenant de la difficulté à mâcher. Elle qui préférait de loin la nourriture sèche à la nourriture humide en boîte ne peut plus en manger. La nourriture sèche aussi je l’humecte avec de l’eau tiède pour lui rendre l’ingestion plus facile mais il est évident qu’elle n’a plus de plaisir à manger ces morceaux rendus mous alors elle les ignore.
Donc elle mange son pâté qui est presque liquide mais elle continue de maigrir et devient de plus en plus faible. Elle titube parfois, manque d’équilibre ces derniers jours. Elle qui était une championne olympique des sauts en hauteur peine à grimper dans le lit qui est presqu’au niveau du sol, comme si elle tentait de gravir l’Everest.
Et hier matin, mardi le 22 mars 2011, ce qui nous a finalement pousser à accepter l’inévitable, l’horreur de la scène… Du sang est sorti de sa bouche après qu’elle a mangé de son pâté. Sa tumeur a pris beaucoup d’ampleur. Avant on ne la remarquait pas beaucoup, mais là le côté droit de son visage est un peu déformé par la bosse qui a poussé par en avant de sa mâchoire et un peu sur le côté aussi.
Cela nous a pris un bon six ans pour gagner sa confiance, à notre petite Piko. Cela s’est fait graduellement. Après que nous les ayons amenés à la maison quand ils avaient deux mois, on dirait qu’elle nous en voulait parce que son frère nous avait rapidement adoptées à ses dépends et elle semblait profondément meurtrie par ce changement dans sa vie.
Au début, nous ne pouvions même pas nous assoir sur le même divan qu’elle. Elle en descendait et changeait de pièce.
Puis, elle en descendait mais changeait de fauteuil.
Puis elle restait, en autant que nous gardions nos distances.
Puis, elle restait en autant que nous ne la flattions pas trop. Puis…
Et puis, nous avons gagné son cœur. Elle nous l’a donné à vie, sans compromis, comme si elle nous donnait un trésor. Comment ne pas se sentir honorées devant quelque chose d’aussi rare et précieux ?
Alors demain, si possible, je serai forte pour elle, je vais la tenir dans mes bras pour pas qu’elle ait peur, pour qu’elle se détache doucement et fasse son nouveau chemin avec la même bravoure, le même courage qu’elle a toujours démontré face à tous les obstacles qu’elle a rencontrés sur son chemin. J’espère, s’il y a un au-delà, qu’elle aura des petites pensées pour nous parce que nous en aurons pour elle jusqu’à la fin de nos jours. Et nous aurons besoin de son aide.
Ma petite Piko, mon petit cœur, qui m’a donné des leçons de vie à tous les jours…